La porte du petit pavillon au fond du parc venait à peine de se refermer derrière moi quand je sentis encore la chaleur de ses mains sur ma peau. C’était en plein mois d’août, l’air était lourd et chargé des parfums des roses sauvages qui bordaient l’allée. À vingt-trois ans, je venais de vivre ma première matinée dans ce rôle inattendu, et mon corps vibrait encore de l’intensité des caresses échangées.
Mon époux, un homme d’affaires de quarante et un ans toujours en quête de nouvelles alliances, m’avait convaincue de l’accompagner dans cette demeure isolée. Le comte Henri, cinquante-deux ans, y organisait des réunions discrètes pour ses partenaires. Le pavillon, discret au milieu des arbres, servait d’écrin à nos entrevues. Ce matin-là, après une discussion tendue sur les contrats, Henri m’avait entraînée à l’écart. Ses gestes étaient précis, presque étudiés, comme s’il évaluait une nouvelle acquisition. Je m’étais laissé faire, curieuse et excitée par cette transgression.
Il m’avait déshabillée lentement près de la fenêtre qui donnait sur le lac. Ses doigts avaient parcouru mes courbes avec une assurance qui me troublait. À genoux sur le tapis épais, j’avais goûté son désir pendant qu’il murmurait des compliments sur ma fraîcheur. L’acte avait duré longtemps, entrecoupé de pauses où il me contemplait, me demandant de me toucher pour lui. Quand il s’était enfin répandu sur mon ventre, j’avais ressenti un mélange de satisfaction et de honte délicieuse. Il avait glissé une bourse de cuir dans ma paume en partant, sans un mot superflu.
De retour dans la chambre principale du manoir, je m’étais rafraîchie rapidement. Mon mari m’attendait pour le déjeuner, le regard interrogateur. Je lui avais montré les pièces sans entrer dans les détails. Il avait souri, satisfait, et m’avait encouragée à poursuivre. L’après-midi s’annonçait chargé. L’intendant du domaine, un certain Louis, trente-huit ans, aux épaules larges et au sourire en coin, frappa bientôt à la porte du pavillon. Il apportait un plateau de fruits et de vin frais, prétexte pour s’attarder.
« Madame, le comte m’a dit que vous pourriez apprécier un peu de compagnie entre deux rendez-vous », avait-il lancé d’une voix rauque. Je n’avais pas refusé. Louis était direct, moins raffiné qu’Henri mais doté d’une endurance impressionnante. Il m’avait plaquée contre la table, relevant mes jupes d’un geste impatient. Sa langue avait exploré mon intimité avec avidité avant qu’il ne me prenne debout, ses coups de reins puissants me faisant gémir sans retenue. À trente-huit ans, il connaissait parfaitement le corps féminin ; il alternait rythme lent et accélérations brutales, me menant deux fois à l’extase avant de se retirer pour jouir sur mes cuisses. Une poignée de pièces supplémentaires avait scellé cet intermède.
À peine avait-il disparu que le fils du comte, Alexandre, vingt-neuf ans, fit son entrée. Grand, athlétique, il ressemblait trait pour trait à son père en plus jeune. Il n’était pas seul. Son cousin, un dénommé Victor, trente et un ans, l’accompagnait. Ils venaient de terminer une partie de chasse et leurs bottes portaient encore la terre du domaine. Alexandre m’avait embrassée avec fougue, ses mains calleuses glissant sous mon corsage.
« Mon père m’a parlé de vous. Il dit que vous êtes une perle rare », avait-il soufflé contre mon cou. Victor observait d’abord, puis s’était joint à nous. Ils m’avaient déshabillée complètement cette fois, m’allongeant sur le large lit qui occupait le fond de la pièce. Alexandre s’était couché sous moi, m’empalant d’un mouvement fluide tandis que Victor prenait place devant mon visage. Leurs corps synchronisés m’emplissaient, leurs rythmes s’accordant comme s’ils avaient répété cette chorégraphie. À vingt-neuf et trente et un ans, ils débordaient d’énergie juvénile. Ils se relayaient sans me laisser de répit, passant d’une position à l’autre avec une inventivité qui me laissait pantelante.
À un moment, Alexandre, inspiré par je ne sais quelle lecture, glissa plusieurs doigts en moi pendant que Victor me prenait. L’étirement était intense, presque trop, mais la sensation de plénitude me fit basculer dans un plaisir profond. Ils riaient doucement en me voyant onduler, fiers de leur découverte. Je jouis plusieurs fois sous leurs assauts, mon corps couvert de sueur malgré la brise qui entrait par la fenêtre entrouverte. Ils finirent par se répandre presque simultanément, l’un sur mes seins, l’autre au creux de mes reins.
Le soir approchait quand un domestique vint les chercher. Seule, je dévorai le repas qu’on m’avait apporté, affamée par ces heures d’efforts. Deux valets, l’un de quarante ans et l’autre de trente-six, vinrent ensuite débarrasser. Ils proposèrent une somme modeste pour un moment rapide. Fatiguée mais consciente de l’intérêt financier, j’acceptai. Ils se relayèrent avec efficacité, l’un montant la garde près de la porte tandis que l’autre me besognait sur le bord du lit. Leurs étreintes furent brèves mais vigoureuses, me laissant à peine le temps de reprendre mon souffle.
Le clou de la journée arriva au dîner. Henri avait convié deux associés et un banquier influent. Ils étaient tous entre quarante-cinq et cinquante-cinq ans, des hommes d’expérience aux regards affûtés. Dans la grande salle à manger du manoir, après le repas, ils me firent venir comme une invitée spéciale. Le comte avait négocié une belle somme pour ma présence. Allongée sur la table débarrassée, je devins le centre de leurs attentions. Leurs mains, leurs bouches, leurs sexes se succédèrent sur moi dans une ronde sensuelle et épuisante. L’un me prenait pendant qu’un autre me caressait les seins, un troisième guidait ma main ou ma bouche. Je perdis le compte des orgasmes, noyée dans un brouillard de plaisir et de fatigue.
Quand tout fut terminé, bien après minuit, je regagnai la chambre conjugale. Mon mari m’attendait, impatient d’entendre le récit et de compter les gains. Il me prit à son tour, excité par mes descriptions, ajoutant sa marque à cette journée déjà bien remplie. Les semaines suivantes, je revins plusieurs fois au manoir. Chaque visite apportait son lot de découvertes, de corps nouveaux et de sensations inédites. Le pavillon devint mon royaume secret, un lieu où le désir se monnayait sans fausse pudeur.
Aujourd’hui, des années plus tard, quand le vent porte l’odeur des roses, je ferme les yeux et je revois ces après-midis brûlants. Mon corps se souvient encore de ces mains, de ces voix rauques, de ces plaisirs partagés sans retenue. Le manoir existe toujours, je crois, mais je n’y suis jamais retournée. Ces souvenirs me suffisent, doux et piquants comme les épines de ces roses qui bordaient l’allée.